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[Auteur] Tahar Ben Jelloun

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MessageSujet: [Auteur] Tahar Ben Jelloun   Sam 15 Sep 2007 - 22:31

Je crée ce post pour un auteur que j'admire beaucoup... au travers de cette breve presentation sont presentés les deux livres qui m'ont marqués et que je trouve formidablement bien écrits :

"D ans son ouvrage consacré à l'oeuvre de Tahar Ben Jelloun, Bernard Aresu[1] déclare: "Le diptyque de L'Enfant de sable et de La Nuit sacrée décrit l'épreuve brutale et ambiguë que vit une femme, contrainte par des forces sociales, patriarcales et familiales, à assumer l'identité sexuelle d'un homme. Aliénante et destructive, cette épreuve s'inverse et se transforme progressivement en une expérience initiatique et régénératrice."[2] Le héros de L'Enfant de sable [ES], travesti pour sauver l'honneur bafoué de son père, et l'héroïne de La Nuit sacrée [NS], vieille femme déguisée en conteuse, inspirent en effet une réflexion sur l'identité et ses avatars. Ahmed et Zahra, la fleur[3], puisent-ils dans l'ambivalence du masque qu'on leur fait porter l'émergence de leur être? Le port d'un travestissement et, parallèlement, la tentative de s'en libérer aboutissent-ils, comme le préconise B. Aresu, à une régénération, c'est-à-dire une réactivation, une renaissance? C'est à ces questions que nous consacrerons les quelques pages qui suivent.

L'Enfant de sable, écrit en 1985 et dont l'intrigue se situe au Maghreb, relate le destin extraordinaire d'une jeune femme, nommée Ahmed par son père qui, accablé et humilié par la naissance de ses sept premières filles, proclame que sa huitième naissance (Ahmed) est celle d'un garçon. L'Enfant de sable est donc l'histoire d'une femme élevée en homme dans une société conçue par et pour l'homme où elle grandit en usurpant les droits et privilèges réservés uniquement à l'homme.[4] C'est également l'histoire d'un drame familial - reflétant le drame social d'une société en crise - qu'on tente d'éviter en défiant la société, la religion, soi-même et dont l'issue est la mort ou la disparition. En effet, tous les personnages de cet étrange récit succombent ou s'évanouissent de la scène: le père bafoué par son/sa propre fils/fille, que la vie quitte lentement; la mère folle, claquemurée dans un silence accusateur; Fatima, l'épouse-soeur, épileptique et suicidaire, résignée et soumise, dont l'infirmité reflète la sienne; et Ahmed, le personnage central, que le narrateur avait renoncé à nommer Khémaïss, puisque: "qu'importe le nom!" (ES, 17) et à qui l'on prête plusieurs morts sans pour autant lui attribuer une fin définitive comme pour récuser la réalité de son existence.

Roman envoûtant par le thème, il l'est également par la forme. Le récit est narré par un conteur qui, pour capter l'attention de son auditoire, tantôt diffère la progression de cette intrigue hors du commun en l'ornant de volutes hyperboliques, d'arabesques métaphoriques, tantôt la précipite ou l'abandonne à l'interprétation du public, comme le feraient ces conteurs nomades qui fascinent les badauds, les jours de marché, sur la grand-place de Marrakech ou d'ailleurs. De plus, le narrateur fait passer notre héros par sept portes - celles de la médina[5], au nombre de sept à l'exemple des sept soeurs qui précèdent Ahmed - charpentant ainsi le début du roman en une structure apparemment solide. Chaque porte s'ouvre sur une nouvelle étape de la descente aux enfers que représente la croissance de cet enfant qui, comme le sable, liquide minéral[6], échappe finalement à tout modelage. Au moment où Ahmed prend conscience de sa féminité, son univers se désagrège pour aboutir à l'ultime porte, celle qui fait sortir de la médina, "la porte des sables" (ES, 199), la porte du désert, de l'évanescence.

Nous retrouvons le héros de L'Enfant de sable dans La Nuit sacrée, cette fois sous les traits de Zahra une vieille femme qui fait le récit de sa libération douloureuse, solitaire et finalement jamais acquise, même si elle l'en éloigne pour toujours, de la mascarade sociale dont elle s'était fait, autant par faiblesse que par facilité, le sujet et l'objet. La Nuit sacrée, roman d'une seule voix qui multiplie les incursions dans le merveilleux ou la tradition, qu'il les emprunte au Coran, aux Mille et une nuits ou à la poésie mystique ou andalouse, ouvre sur la même grand-place dont les conteurs, un à un, cèdent la place à Zahra, qui, en contant sa vie, va "parler, déposer les mots et le temps" (NS, 5), c'est-à-dire affirmer sa singularité et se libérer du mensonge qui circonvenait sa vie.

Née la 27e nuit du Ramadan, nuit sacrée, de la confession de son père qui désire affronter l'au-delà allégé du poids de sa conscience troublée, Zahra, ou Ahmed dans sa vie antérieure, débute alors un long périple qui la conduit de la grand-place à la maison razziée du père; du cimetière où elle commet un meurtre posthume en étranglant le cadavre de son père avec les bandages qui lui oppressaient la poitrine, au jardin parfumé peuplé d'enfants utopiques; d'une forêt obscure où elle se fait violer par un inconnu sans visage, au hammam de l'Assise, femme obèse qui l'accueille chez elle; de la maison du Consul, homme instruit et aveugle et frère de l'Assise, du hangar bleu et de la bibliothèque rêvée, au bordel où, pour la première fois, usant d'un subterfuge, elle a des rapports intimes avec l'aveugle; de la prison au marabout. Zahra parcourt l'itinéraire éprouvant et initiatique qui la -mal-mène dans le monde des hommes et au fond d'elle-même.

Cet ouvrage est donc le récit d'une femme seule, nomade, violée, amoureuse, condamnée, emprisonnée, excisée, béatisée et finalement, tout simplement reconnue en tant que telle. A la fois récit, conte, journal intime et roman, La Nuit sacrée retrace un transfert d'identité et se fait le témoignage de la quête libératoire de la réappropriation de soi."

tout simplement superbe !!!
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:pourlesmodos: gardienne du smiley pour les modos :pourlesmodos:
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